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Grande America

Nom
Grande America
Date de l'accident
10/03/2019
Lieu
France
Zone du naufrage
Golfe de Gascogne
Zone du déversement
Pleine mer
Cause de l'accident
Incendie
Produit transporté
Véhicules, 365 conteneurs
Quantité transportée
2 200 t (fioul de propulsion)
Nature polluant
IFO 380 et conteneurs
Date de construction
1997
Lieu de construction
Italie
Longueur
214 m
Largeur
32 m
Pavillon
Italien
Propriétaire
Grimaldi Deep Sea
Armateur
Grimaldi Group
P&I Club
The North of England Protecting & Indemnity Association Ltd
Société de classification
RINA Services
Numéro IMO
9130907

L'accident

Le 10 mars 2019, le navire (hybride entre un porte-conteneurs et un roulier) Grande America, en provenance de Hambourg (Allemagne) et faisant route vers Casablanca (Maroc) subit une avarie majeure.

A son bord, 27 personnes dont 26 membres d'équipage et un passager. La cargaison se constitue de 2 100 véhicules de tous types (voitures, camping-cars, camions, bus, engins de travaux publics, poids lourds) et 365 conteneurs (247 en pontée et 118 dans les fonds du navire) dont 45 contenant des matières dangereuses en quantité variable avec 16 produits dangereux différents.

Le navire navigue dans le Golfe de Gascogne, à environ 140 nautiques des côtes françaises, au sud-ouest de la pointe de Penmarc'h, lorsqu'il est victime d'un violent incendie sur des conteneurs en pontée. L'incendie n'est pas maîtrisable.

L'équipage abandonne le Grande America qui dérive lentement vers l'est et sombre le 12 mars par 4 600 mètres de fonds dans le Golfe de Gascogne, au large de La Rochelle, malgré l'intervention de la Marine nationale et du RIAS (Remorqueur d'Intervention, d'Assistance et de Sauvetage) Abeille Bourbon, appelés en renfort afin de faire cesser l'incendie et remorquer le Grande America.

La préfecture maritime de l'Atlantique déclenche rapidement et successivement trois volets du dispositif ORSEC maritime (Organisation de la Réponse de SÉcurité Civile, système polyvalent de gestion de crise) :

  • le volet SAR (Search And Rescue) ;
  • le volet ANED (Assistance à Navire En Difficulté) ;
  • le volet POLMAR (POLlution MARitime).

Le CROSS Corsen, centre référent "pollutions marines" pour la façade Atlantique, se mobilise.

Le 11 mars, les 27 personnes embarquées dans un canot de sauvetage sont évacuées vers Brest, par une frégate britannique, l'HMS Argyll, déroutée sur la zone du naufrage. Le même jour, le préfet maritime de l'Atlantique met en demeure l'armateur, Grimaldi Group, de prendre toutes les mesures nécessaires afin de faire cesser le danger que constitue le navire dans la Zone Économique Exclusive française.

 

 

La lutte en mer

Le 13 mars, un avion de surveillance de la Marine nationale repère une nappe importante d'hydrocarbure, environ 10 km de long sur 1 km de large, dans la zone de l'épave. A cela s'ajoute une dizaine de conteneurs tombés à l'eau. Le préfet maritime de l'Atlantique ordonne au BSAA (Bâtiment de Soutien et d'Assistance Affrêté) l'Argonaute de faire route vers le lieu du naufrage et de démarrer les opérations de lutte antipollution.

Au total, le dispositif de lutte engagé comprend une dizaine de navires dont :

Les navires se concentrent sur deux zones : à la verticale de l'épave où une fuite d'hydrocarbure de faible densité est régulièrement observée et sur les nappes de pollution initiales. Les conditions météorologiques se dégradent. La Marine nationale et la douane française intervenue en soutien à partir d'avril, effectuent régulièrement des vols afin d'observer l'évolution du polluant en mer. Des drones déployés à partir de navires antipollution sur zone contribuent à cette observation. L'Agence européenne de sécurité maritime apporte son appui quant à la surveillance satellitaire, via l'outil CleanSeaNet et via le déploiement de drones, concernant la recherche d'éventuelles nappes d'hydrocarbure. Deux nappes d'hydrocarbure sont repérées le 14 mars, à l'ouest de La Rochelle, distantes d'une vingtaine de kilomètres. L'une, de 13 km de long sur 7 km de large approximativement, se trouve au-dessus de l'épave, l'autre de 9 km de long sur 7 km de large environ, la seconde présente un aspect moins compact que la première.

Le 15 mars, l'armateur s'emploie à récupérer deux conteneurs flottants, en lien avec la Préfecture maritime de l'Atlantique qui émet un avis urgent aux navigateurs afin de prévenir les usagers de la mer de leur présence.

Au fil des jours, la pollution sur la zone se disperse en mer et la nappe se transforme en petits amas de fioul morcelés.

Début avril le dispositif de lutte en mer s'allège. Celui-ci a permis la récupération de 6 conteneurs à la dérive, de plusieurs canots de sauvetage du Grande America et quelques dizaines de tonnes de fioul lourd sous forme solide ainsi que plusieurs centaines de tonnes d’eau polluée par des hydrocarbures débarquées au port de La Rochelle pour être traitées par une entreprise spécialisée sous contrat avec l’armateur. Malgré les moyens de lutte antipollution déployés, la totalité du polluant en mer n'est pas récupérée.

Mi-avril les moyens aériens ainsi que le système satellitaire de l’EMSA continuent de surveiller la zone afin de s’assurer de l’absence de remontées significatives de polluant au niveau de l’épave. Le risque d’arrivée de boulettes sur le littoral français n’est pas exclu mais un arrivage massif est désormais écarté.

La préfecture maritime demande à l'armateur « de proposer un plan d’actions pour tenter de traiter sur le long terme l’impact environnemental de ce naufrage ». Début avril, l'armateur affrète l'Island Pride, navire spécialisé en travaux sous-marins et doté d'un ROV (robot sous-marin téléguidé) pour inspecter l'épave. Celle-ci est intègre et repose verticalement sur le fond sableux, sa partie arrière est enfouie de plusieurs mètres.

L'action du Cedre

C'est dans le cadre du volet POLMAR de l'ORSEC maritime, qu'une EGC (Équipe de Gestion de Crise) est mise en place au CTC (Centre de Traitement de Crise), à Brest et que le Cedre intervient en apportant son concours en tant qu'expert.

Le 14 mars le préfet maritime de l'Atlantique déclenche l'activation du comité de dérive animé et coordonné par le Cedre et constitué d’experts tels que l'Ifremer, Météo-France et le SHOM. Ce comité confirme le risque de pollution sur le littoral. Il fournit quotidiennement une synthèse de la localisation des observations du polluant en mer, des prévisions de dérive associées et émet des recommandations.

Le 15 mars des échantillons du fioul de soute arrivent au Cedre afin d'analyser dans le Polludrome® le vieillissement et le comportement de ce polluant en mer. Le but est de définir la meilleure stratégie de lutte adaptée en mer comme à terre, si la pollution devait arriver sur le littoral.

Le Cedre a également des échanges techniques (sur la nature du produit, sur le résultat des observations des nappes, sur la dérive des nappes) avec plusieurs de ses partenaires espagnols.

 

Au sein du CTC, le Cedre, en coopération avec le LASEM et les marins-pompiers, contribue également à l'analyse des impacts sur l'environnement marin des polluants chimiques transportés par le Grande America.

Le 19 et 20 mars trois oiseaux souillés aux hydrocarbures sont découverts sur les plages d'Hendaye Pyrénées-Atlantiques) et Messanges (Landes), les prélèvements effectués et analysés par le Cedre, montrent qu'il s'agit du fioul du Grande America. 

Au-delà  de la phase maritime, les services du Cedre se mobilisent sur le front terrestre en prévision d’une éventuelle arrivée de polluant sur les côtes françaises. Travaillant en étroite collaboration avec le MTES (Ministère de la Transition Écologique et Solidaire), les services déconcentrés de l’État et la préfecture de Zone de Défense et de Sécurité du sud-ouest, son action contribue à préparer l’ensemble des acteurs locaux à faire face à une pollution sur leurs côtes. Cet appui technique donné aux départements du littoral Atlantique, est complété par une formation spécifique POLMAR-Terre pour les Pyrénées-Atlantiques.

 

La préparation de la lutte à terre

Mi-mars les préfets de la Charente-Maritime, de Gironde et des Landes anticipent le risque de pollution sur le littoral et placent leurs services concernés en pré-alerte du plan POLMAR-Terre : préparation et positionnement des moyens antipollution nécessaires et organisation des opérations de reconnaissance.

Il n'y a pas, à notre connaissance, de pollution sur les plages des 3 départements. Le 22 novembre aucun arrivage de polluant n'a touché les côtes espagnoles. Ceci démontre que le dispositif de lutte en mer a été particulièrement efficace.

 

L'enquête

Le BEAmer ouvre une enquête technique mi-mars, conjointement avec leurs homologues italiens. Elle est toujours en cours fin novembre 2019. Parallèlement, une enquête préliminaire a été ouverte par le procureur de la République de Brest.

Cet accident illustre le risque d'incendie à bord des porte-conteneurs et tout particulièrement le risque lié à leur cargaison. En effet, ce risque porte sur plusieurs facteurs lors de transport maritime de produits dangereux en conteneurs :

  • la variété des produits dangereux ;
  • la nature des produits dangereux. Les réactions chimiques sont différentes, en présence de sources de chaleur et/ou d'eau. Certains vont s'enflammer spontanément au contact de flamme, d'autres vont brûler en auto-combustion, d'autres encore vont exploser, d'autres vont réagir violemment en présence d'eau ;
  • la contamination rapide aux autres conteneurs rendant la situation quasi impossible à maîtriser.

Voir la publication de novembre 2018 "Le risque d'incendie et d'explosion à bord des porte-conteneurs" par Y. Le Manac'h.

Dernière modification le 08/11/2019

Voir aussi

Bulletin d'information du Cedre n° 39 de mai 2019 : "Naufrage du Grande America"

Liens externes

Inventaire des matières dangereuses transportées par le Grande America

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