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Ece : Le polluant et le risque de pollution

L'acide phosphorique (H3PO4) transporté par l'Ece provient de l'Office Chérifien des Phosphates, un des principaux producteurs mondiaux de phosphate brut, exportateur vers une quarantaine de pays de phosphate brut, d'acide phosphorique et d'engrais solides. A priori, l'acide phosphorique de l'Ece est un acide à basse teneur en métaux lourds.
 
 L'acide phosphorique est utilisé dans la fabrication d'engrais (superphosphates), la protection des métaux, l'industrie pharmaceutique, le traitement des eaux usées, le nettoyage, les liants pour réfractaires, les peintures, certains produits alimentaires.
 
 L'acide phosphorique fait partie des produits chimiques de base les plus transportés en vrac. La garde côtière des Etats-Unis a recensé l'acide phosphorique en 9ème position des produits chimiques les plus déversés.

Le Cedre a édité un guide d'intervention et de lutte face au risque de déversement d'acide phosphorique dans sa série de guides d'intervention chimique publiée depuis 2004. Ce document fournit des informations sur l'évolution du produit en cas de déversement accidentel dans l'eau. Il intègre des scénarios d'accidents en mer, en rivière, et en lac, avec des recommandations sur l'intervention (protection du personnel) et la lutte contre la pollution.
 
 Il n'y a pas été observé dans ce naufrage de déversement important de carburant ou de cargaison. Mais des irisations d'hydrocarbures sont remontées en surface et, sous réserve d'exploration de l'épave, il peut intervenir des suintements d'acide phosphorique par des fissures dans la coque, dans des canalisations ou par les évents des cuves. Les débits par ces derniers pourraient atteindre 25 m³/heure. Il n'y a donc pas de risque de pollution majeure, mais un risque de déversement progressif. Le produit étant, pour ce que nous savons actuellement, incolore ou peu coloré et d'indice de réfraction proche de celle de l'eau, les fuites sont difficilement détectables en observation vidéo.
 
 L’acide phosphorique est, comme tous les acides, un liquide corrosif. Non volatil, il ne produit pas de vapeur. Plus dense que l'eau de mer (densité de 1.53 à 20°C pour une solution à ~50% de P2O5 ou ~75% de H3PO4), il coule en cas de déversement. Il est par ailleurs totalement soluble dans l’eau et ne s'accumule pas dans la chaîne alimentaire.
 
 Pour l’homme, le risque est essentiellement lié à un contact possible avec la peau ou les muqueuses, provoquant des irritations et jusqu'à des brûlures en cas de contact prolongé d'une solution concentrée. Le même risque s'applique à des animaux marins : de l'acide phosphorique suintant de l'épave se mélangerait avec l'eau et acidifierait le milieu aux alentours immédiats du point d'écoulement. Mais il se diluerait rapidement au-delà de ce point, compte tenu du grand volume d'eau de mer environnant. Une fois le suintement achevé, le pouvoir neutralisant (tampon) élevé de l'eau de mer ramènerait rapidement le pH (mesure de l'acidité) à sa valeur d'origine (autour de 8) dans la zone affectée. L'impact environnemental serait vraisemblablement trop temporaire et trop localisé pour être quantifiable.
 
 Le GESAMP, groupe d'experts chargé par l'Organisation Maritime Internationale (OMI) d'étudier les aspects scientifiques de la pollution des mers, lui a attribué un indice 0 pour la persistance dans l'environnement (sur une échelle de 0 à 5), un indice 1 (sur une échelle de 0 à 6) pour la toxicité aquatique aiguë et 3 (sur une échelle de 0 à 4) pour la toxicité par contact ou ingestion sur les mammifères aquatiques.
 
 La convention MARPOL de 1973 répartit les produits transportés en 4 catégories (A, B, C, D) selon les risques qu'ils comportent pour les ressources marines, la santé de l'homme et l'agrément des sites. Elle le classe en catégorie D qui correspond à la classification des produits les moins dangereux. Cette catégorie rassemble les substances liquides nocives qui, en cas de déversement, présentent "un risque discernable pour les ressources marines ou pour la santé de l'homme ou nuisent très légèrement à l'agrément des sites ou aux autres utilisations légitimes de la mer et appellent en conséquence certaines précautions en ce qui concerne les conditions d'exploitation".
 
 Il n'y a donc pas de risque immédiat de pollution majeure par l'acide phosphorique. Mais la question qui va se poser, comme pour toutes les épaves, est celle d'un éventuel enlèvement des produits potentiellement polluants (acide et carburant) piégés dans le navire (voir nos dossiers : Les épaves potentiellement polluantes et Neutralisation des épaves potentiellement polluantes).
 
 Pour aider à la prise de décision sur les observations à réaliser et les actions à entreprendre, nous avons lancé une série de tests de dilution en laboratoire avec de l'acide phosphorique coloré et des mesures d'acidité dans l'eau. Les premiers résultats ont montré que l'acide s'étale sur le fond avant de se diluer en quelques minutes en l'absence de courant et qu'il se dilue rapidement à partir de son point de sortie en présence de courant important (milieu turbulent). Il se décompose progressivement en ions hydrogène (H+) responsable de la diminution de pH et en ions phosphates (PO4--).
 
 La question nous a été posée sur un éventuel effet fertilisant des ions phosphates, susceptible de générer un développement anarchique d'algues vertes, en cas de déversement massif. Ce sujet est du domaine de compétence de l'IFREMER. Mais, en tout état de cause, un déversement massif n'est pas à l'ordre du jour et la disponibilité d'ions phosphate n'est pas en février un facteur clé du développement des algues vertes.

Principaux déversements accidentels de produits chimiques recensés par la Garde côtière des Etats-Unis (1992-1996)

Principaux produits déversés

Nombre de déversements

Classification

Acide sulfurique

86

D

Toluène

42

FE

Soude caustique

35

D

Benzène

23

E

Styrène

20

FE

Acrylonitrile

18

DE

Xylène

18

FE

Acétate de vinyle

17

FD

Acide phosphorique

12

D

Système de classification européen du comportement à court terme des produits déversés

D : produit qui se dissout

DE : produit qui se dissout et s'évapore

E : produit qui s'évapore

FE : produit qui flotte et s'évapore

FD : produit qui flotte et se dissout

1. Introduction d'un petit bocal fermé d'acide phosphorique coloré par la rhodamine dans un cristallisoir d'eau de mer.
1. Introduction d'un petit bocal fermé d'acide phosphorique coloré par la rhodamine dans un cristallisoir d'eau de mer.
2. Dissolution lente de l'acide après ouverture du bocal, sans agitation.
2. Dissolution lente de l'acide après ouverture du bocal, sans agitation.
3. L'acide plus lourd que l'eau de mer coule et s'étale au fond du cristallisoir.
3. L'acide plus lourd que l'eau de mer coule et s'étale au fond du cristallisoir.
4. Mise en route de l'agitation, dissolution rapide du produit déversé.
4. Mise en route de l'agitation, dissolution rapide du produit déversé.
Dernière modification: 10/02/2006