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Christos Bitas

Nom
Christos Bitas
Date de l'accident
12/10/1978
Lieu
Pays de Galles
Zone du naufrage
Côtes de Pembrokeshire
Zone du déversement
Pleine mer
Cause de l'accident
Echouement
Quantité transportée
35 000 tonnes
Nature polluant
Pétrole brut lourd iranien
Quantité déversée
5 000 tonnes
Type de navire / structure
Pétrolier
Date de construction
1963
Lieu de construction
Mitsubishi Nippon Heavy Industry, Yokohama
Longueur
233,66 m
Largeur
31,25 m
Tirant d'eau
16,08 m
Pavillon
Grec
Propriétaire
Adriatic Transports Ltd

Le 12 octobre 1978, le pétrolier Christos Bitas fait route de Rotterdam à Belfast avec un chargement de 35 000 tonnes de pétrole brut lourd iranien quand il s’échoue à 15 km au large des côtes du Pembrokeshire. 4 000 tonnes de pétrole se déversent suite à l’accident. Le commandant réussit à déséchouer le pétrolier sans aide extérieure et, croyant qu’il n’y a plus de fuites importantes, décide de continuer sa route. Il prévient cependant les gardes côtes de l’accident.

Les risques de pollution étant élevés, les propriétaires du pétrolier, Adriatic Transports Ltd, et British Petroleum (BP), propriétaires de la cargaison, sont immédiatement contactés par les gardes côtes. BP propose tout de suite son aide. On constate rapidement que le Christos Bitas est en fait sérieusement endommagé et qu’il perd toujours du pétrole. BP donne alors l’ordre au pétrolier de s’arrêter afin d’éviter tout accroissement de la pollution.

Les opérations de lutte se mettent rapidement en place. Elles se divisent en trois actions distinctes : l’épave du Christos Bitas, la lutte en mer, le nettoyage des côtes.

L’épave du Christos Bitas

Le 13 octobre, 2 pétroliers, le British Dragoon et l’Esso York, se dirigent vers le Chritos Bitos pour procéder à son allégement. Cette opération dure plusieurs jours. Le 20 octobre 26 000 tonnes de pétrole sont déchargées du pétrolier.

La question de l’épave du Christos Bitas vient ensuite à se poser. Comme les coûts de réparation du navire après nettoyage et dégazage s’avèrent trop élevé, le propriétaire du pétrolier consent à le couler. Il est toutefois hors de question de réaliser cette opération en Mer d’Irlande ; les dégâts sur l’environnement seraient trop important. Le Christos Bitas est donc remorqué dans l’Atlantique à 500 km au large de Fastnet Rocks, dans une zone où les eaux sont particulièrement profondes. A cet endroit, l’épave ne risque pas de porter préjudice à la navigation, à la pêche ou encore aux câbles téléphoniques. Le naufrage volontaire a lieu le 31 octobre. Une nappe de pétrole se forme mais des survols aériens permettent d’établir qu’au 13 novembre elle s’est dispersée naturellement.

Allégement du Christos Bitas par le British Dragoon
Allégement du Christos Bitas par le British Dragoon

La lutte en mer

Le brouillard a rendu tout survol aérien de la zone de l’accident impossible. L’étendue de la pollution n’a donc pas pu être mesurée. Cela n’a pas empêché de dépêcher tout le personnel et tout l’équipement disponible sur la zone de l’échouement. Une flotte de 40 bateaux est rapidement réunie. Des barrages sont déployés afin de confiner le pétrole et d’y épandre des dispersants. Des récupérateurs sont aussi utilisés pour pomper le pétrole.

Épandage de dispersants
Épandage de dispersants

Le 16 octobre les vents forcissent et changent de direction (de nord-ouest à ouest). Les survols aériens peuvent commencer. Ils révèlent la présence de plaques de pétrole aux alentours des îles de Skomer et Skokholm qui sont toutes deux des réserves naturelles. Commencent alors des opérations d’épandages aériens de dispersants pour tenter d’éviter que le pétrole n’atteigne ces îles. La quantité de pétrole est ainsi considérablement réduite. Cependant l’efficacité des dispersants se réduit au fur et à mesure que la formation de l’émulsion pétrole/eau augmente.

Le nettoyage des côtes

Le 17 octobre le pétrole atteint les zones particulièrement fragiles de Skomer et de Martin’s Haven.

Martin’s Haven

Les opérations de nettoyage à Martin’s Haven durent 4 jours, du 17 au 20 octobre. Les dispersants ont peu d’effet sur la mousse au chocolat qui a atteint le rivage. C’est donc la méthode manuelle qui doit être utilisée. Environ 35 tonnes de matériaux pollués et polluants sont récupérés à l’aide de pelles, seaux et tracteurs. Le nettoyage est terminé par l’utilisation de nettoyeurs haute pression et de dispersants.

Ile de Skomer

Cette réserve naturelle abrite un nombre important d’oiseaux de mer ainsi que 40 phoques dont certains viennent tout juste de voir le jour. D’autre part l’existence d’un riche biotope interdit l’utilisation de dispersants chimiques.

Le nettoyage de l’île débute le 19 octobre 1978. On estime que 350 tonnes d’une mousse au chocolat particulièrement visqueuse a recouvert la plage. L’accès des équipes de nettoyage est difficile. Le ramassage manuel s’organise mais les volontaires pour effectuer ce travail se font rares. Le pétrole, confiné à l’aide de barrages, est récupéré par des écrémeurs. Mais le pétrole qui a été traité par des dispersants (épandage aérien) n’adhère plus aux récupérateurs à bandes. On choisit donc d’utiliser des pompes. Le 26 octobre le pétrole contenu dans les barrages est entièrement récupéré.

300 tonnes de pétrole déversé ont été collecté ; 250 sur la plage en 9 jours et environ 50 en mer en 2,5 jours. Le ramassage manuel doit être suspendu le 28 octobre car la main d’œuvre vient à manquer

Localisation de l'île de Skomer
Localisation de l'île de Skomer

Impact écologique

3 des 40 phoques de l’île de Skomer meurent englués dans le pétrole. 1 520 oiseaux sont souillés, 1 035 d’entre eux meurent, les autres sont nettoyés

Espèce

Nombre total souillés

Nombre de morts

Nombre vivants après nettoyage

Guillemots

1030

660

370

Petits pingouins

346

319

27

Fous de Bassan

118

30

88

Macareux moines

7

7

Puffins des Anglais

9

9

Macreuses noires

8

8

Guillemot à miroir

1

1

Plongeon catmarin

1

1

Devenir des oiseaux souillés (source : BP)

Phoque englué
Phoque englué

Stockage et traitement des déchets

Une fois la côte nettoyée, le problème est de stocker et de traiter les déchets. Des raffineries situées à Milford Haven acceptent d’en prendre une partie en charge. Pour le reste il faut se contenter d’une solution temporaire : des fosses sont creusées à Angle Bay.

Les côtes nord du Devon

Le 25 octobre on note un arrivage de petites quantités de pétrole sur les côtes nord du Devon. Par chance il ne s’agit que d’une légère pollution qui ne nécessite pas la mise en place d’opération de nettoyage. Les marées de vives-eaux suffisent à supprimer naturellement le pétrole des plages et des rochers.

Coopération internationale

L’Irlande est aussi particulièrement concernée par l’accident qui a eu lieu en Mer d’Irlande. Les côtes irlandaises auraient pu être polluées si les vents avaient soufflés dans l'autre direction. Les autorités irlandaises participent activement aux opérations de lutte.

Le Royaume-Uni, qui fait parti de l’accord de Bonn, demande de l’aide et des conseils aux autres membres de l’accord. Par exemple, les pompes utilisées viennent des Pays-Bas.

Les leçons de l’accident

Les différentes autorités ont parfaitement coopéré ensemble.

Le principal facteur de la réussite des opérations de lutte est la rapidité de la mise en place du plan d’intervention. L’épandage de dispersants commencent très rapidement après l’accident, les dégâts auraient pu être beaucoup plus important sans cela ou si le pétrolier s’était cassé et avait déversé ses 35 000 tonnes de pétrole.

Le brouillard empêche les survols aériens au début des opérations ce qui empêche de se rendre compte de l’ampleur de la pollution. De meilleures conditions météorologiques auraient pu permettre d’éviter toute pollution côtière.

La question du stockage et du traitement du pétrole est aussi problématique. Il est important de prévoir à l’avance un lieu de stockage en cas de pollution.

Sources :

- HOOKE, Norman, 1997, Maritime Casualties 1963-1996, second edition, LLP Limited, Londres

- NOAA, Oil spill case histories 1967-1991, Report No. HMRAD 92-11 to the US Coast Guard Research and Development Center

- IFP, Banques de données sur les accidents de navire ayant provoqué un déversement de pétrole en mer supérieur à 500 tonnes, 1975-1979, Réf. 26 714, Janvier 1979

- BP’s Public Affairs and Information Department, The Christos Bitas incident – Success out of a disaster, A report on the oil spill clean-up operations by BP’s Environmental Control Centre Department of Trade, Christos Bitas – the fight at sea against pollution, London, 1978

Dernière modification: 02/06/2004

Liens externes

Accord de Bonn, Site institutionnel