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Allegra

Nom
Allegra
Date de l'accident
01/10/1997
Lieu
Manche
Zone du naufrage
Manche ouest
Zone du déversement
Pleine mer
Cause de l'accident
Collision
Quantité transportée
15 000 tonnes
Nature polluant
Huile de palmiste
Quantité déversée
900 tonnes d'huile de palmiste
Type de navire / structure
Navire-citerne (A huile végétale et molasse)
Date de construction
1986
Pavillon
Libérien

Les huiles végétales, provenant majoritairement d'Asie et d'Amérique, sont de plus en plus utilisées en Europe, principalement pour l'alimentation et la fabrication de cosmétiques. Par conséquent, le trafic maritime de ce type de produit augmente, ce qui implique un accroissement du risque d'accidents et de pollutions.

Le 1er octobre 1997, en Manche, au large de Guernesey, le navire-citerne libérien Allegra a déversé 900 t d'huile de palmiste à la suite d'une collision. L'huile s'est rapidement solidifiée, formant une nappe de 800 m sur 400 m, qui s'est étirée jusqu'à 20 km de long et 4 km de large. Elle a dérivé jusqu'aux côtes des îles anglo-normandes et du Cotentin, où elle s'est déposée en laisse de haute mer. L'huile se présentait sous forme de boules de margarine de 5 à 50 cm de diamètre, intérieurement jaunâtres et d'aspect spongieux, recouvertes d'une croûte blanchâtre.

La dérive du produit a été suivie grâce à des moyens de télédétection aériens SLAR (Side Looking Airborne Radar), capteurs de rayonnements ultra-violets et infra-rouge, embarqués à bord de l'avion « Polmar I » des Douanes françaises et de l'avion du Marine Pollution Control Unit britannique. Ces moyens ont permis de localiser la nappe dans les deux jours suivant le déversement.

Bien que cette pollution n'ait pas eu d'impact négatif sur l'environnement marin, on peut facilement imaginer les inconvénients que produirait l'arrivée massive de boules de margarine sur des plages touristiques en été. Une étude a été menée au Cedre afin de mieux connaître le comportement de ce type de produit, dont la principale différence avec un hydrocarbure est d'être solide à température ambiante. Trois paramètres ont été analysés : la dérive, l'évolution physico-chimique, et la dispersion dans l'eau.

Photo aérienne d’huile de palmiste sur l’eau.
Photo aérienne d’huile de palmiste sur l’eau.

Les positions occupées par la nappe, repérées par les moyens aériens, ont été comparées avec celles prédites par les modèles de dérive disponibles, conçus pour prévoir nappes d'hydrocarbures. Les modèles sont apparus mal adaptés à ce type de produit qui, du fait de son état solide, n'est pas soumis aux mêmes contraintes que le pétrole.

Des échantillons d'huile furent récoltés en mer et sur les plages, à différentes dates, puis analysés en vue de déceler une éventuelle évolution du produit pendant son séjour à la surface de l'eau. Aucune évolution des propriétés physiques de l'huile n'a pu être mise en évidence.

Enfin, de l'huile de palmiste a été déversée dans le polludrome du Cedre afin de reproduire, à échelle réduite, l'accident de l'Allegra. La solidification instantanée de l'huile a été bien représentée : de petites particules de quelques millimètres de diamètre se sont formées puis agglomérées sous forme de blocs de 5 à 10 cm de diamètre. L'essai a mis en évidence une dispersion des particules d'huile dans la colonne d'eau, phénomène qui pourrait expliquer la disparition d'une partie de l'huile déversée par le navire.

La brèche dans la coque de l’Allegra
La brèche dans la coque de l’Allegra

L'étude consécutive à cet accident met donc en évidence l'importance de l'état physique du produit déversé. En effet, la dérive, le comportement à la surface et les moyens de lutte sont radicalement différents entre un polluant liquide et un polluant solide.

Dernière modification: 26/04/2011

Voir aussi

Bulletin d'information du Cedre, N°10 : "Les rejets illicites d'hydrocarbures par les navires : preuves et conséquences en cas de pollution"